Les Calandretas sont plurielles, les acteurs agissent en concertation, au sein de lieux identifiés qui s’appuient sur les quatre principes de la pédagogie Institutionnelle : lieux, limites, lois, langage.
Les enfants expérimentent en classe le rapport à la loi, la participation active aux lieux de décisions, la place de la parole. Transposer cette culture à la vie de
l’association gestionnaire devient alors indispensable.

Dans chaque école, le conselh de regents (conseil des enseignants) pilote la mise en oeuvre du projet éducatif. Il coordonne, développe et impulse les techniques issues des formations et des recherches d’APRENE, institut de formation de Calandreta. Le chef d’établissement, responsable de l’aplication des décisions du conselh de regents, veille à la qualité pédagogique de l’établissement.

L’équipe enseignante y décide donc coopérativement des grandes lignes de l’action éducative de l’école. La limite de la liberté de chaque enseignant est la cohérence de son action avec la charte Calandreta.

Le conseil de regents prend en compte les éventuels avis du conseil d’administration de l’association de gestion de l’école où le chef d’établissement est membre de droit. In fine le conseil reste maître d’oeuvre des orientations pédagogiques, en lien avec APRENE.

Dans l’école Calandreta, le débat peut générer des conflits mais il est indispensable pour bâtir une culture commune aux enseignants et à l’équipe associative. Elle permet de faire vivre l’utilisation de la langue et de la culture occitane dans le cadre du projet éducatif exposé dans la charte, au travers par exemple des rescambis
Connaître son rôle dans la communauté éducative Calandreta, c’est connaître ses limites d’action et d’intervention, quelle que soit sa place : enseignant, Asem, employé, associatif, calandron ou parent. En faisant vivre le contenu de la charte de Calandreta, le conselh de regents trouve sa légitimité dans les cinq principes suivants :

1Le professeur Jean Petit (1929-2003) fut un compagnon de route des écoles Calandreta. De 1996 à 2002, il a enseigné à l’établissement APRENE à Béziers. Né en 1929 à Bordeaux, professeur agrégé d’Allemand, il s’était engagé très tôt dans sa carrière dans la formation des maîtres et la réflexion didactique. Directeur du Centre de Linguistique Appliquée de Besançon, de 1978 à 1983, puis nommé Professeur à l’Université de Reims en 1980, il y dirigea le Département d’Allemand de l’U.F.R. de Lettres jusqu’en 1989. En 1986, il fut nommé « standiger Gastprofessor » à l’Université de Constance.

Sortir du monolinguisme francophone

Le projet Calandreta a choisi l’immersion précoce. Le concept n’est pas nouveau, mais Calandreta l’a illustré en s’appuyant surtout sur les recherches du professeur Jean Petit1. C’est ce dialogue régulier entre les praticiens pédagogiques dans leur classe et les scientifiques qui a fait naître une véritable pédagogie de l’immersion et le développement de stratégies efficaces pour l’enseignement en occitan ( contrastivité mesurée, statut de l’erreur, exposition intensive et continue…) En 40 ans Calandreta, au travers de l’établissement d’enseignement supérieur APRENE, a assuré sa transition d’une école expérimentale militante à une école experte, une école de l’exigence. Dans une société où l’Etat ignore les langues régionales, choisir l’immersion en langue occitane c’est s’enrichir d’une culture en mouvement, creuset d’une civilisation porteuse d’avenir.

 

“Au secours, je suis monolingue et francophone  !”                                                                                                                                                                                                                    Jean Petit

Eveiller au plurilingüisme

“Si,par la comparaison du français et du languedocien, ou du provençl, les enfants du peuple, dans tout le Midi de la France, apprenaient à retrouver le même mot sous deux formes un peu différentes, ils auraient bientôt en main la clef qui leur ouvrirait, sans grands efforts, l’italien, le catalan, l’espagnol, le portugais…”                                                                   Jean Jores

Cette dimension visionnaire, Jaurès l’a puisée dans un vécu personnel : au tout début du XXeme siècle il avait pu vérifier une capacité commune à tous les locuteurs de l’occitan. Cette capacité vécue n’avait pas été exploitée par l’Education Nationale.
En 1984, au congrès de Montaillou, enseignants et associatifs de Calandreta découvrirent les recherches de Tilbert Stegman2, qui ouvrirent la voie à l’invention et à la pratique pédagogique de Familhas de Lengas3.
Le plurilingüisme mis en oeuvre à Calandreta n’est pas une juxtaposition d’apprentissage de langues. Nous étudions, «décorticons» les langues, nous les comparons, afin d’en découvrir les particularités, les règles. Nous les comprenons ensemble pour mieux les apprendre, pour apprendre à les apprendre !
Ces pratiques aiguisent pour chacun et pour le groupe un regard nouveau sur le monde, activent une curiosité pour toutes les langues, et structurent et développent la notion d’altérité. Familhas de Lengas tisse une culture commune de classe, et encourage chacun à construire
librement son propre chemin de langues, ses piadas de lengas. (biographie langagière évolutive et
intime de chacun).
L’inconnu n’est plus vécu comme potentiellement dangereux, mais comme curieux et intéressant.
A travers la découverte des langues, les enfants et les adultes s’ouvrent à d’autres cultures.
L’occitan, au coeur des langues romanes, est tout naturellement la langue vertébrale des activités
Familhas de lengas.


2Tilbert Didac Stegmann (1941), expérimenta à partir des années 1980 l’enseignement simultané defamilles de langues , à l’université de Francfort. En 1994, il anima le stage fondateur «cal ten laslengas ten las claus», à Pau et participa au colloque Latinitàs à Béziers en 2000.

3avec Musique de langue, programme pédagogique global d’éveil aux langues et de comparaison des langues

4 René Laffitte : instituteur, pédagogue, compagnon de route des Calandretas, il a publié trois
ouvrages essentiels de pédagogie institutionnelle et accompagné la naissance et le développement
de l’établissement APRENE

Accueillir l’enfant

“Les Calendretas ne sont pas des écoles bilingues, mais trilingues : elles parlent occitan, français, mais aussi surtout la langue de l’enfant. Si vous ne tenez pas compte du sujet en l’enfant, vous ne lui apprenez pas à parler en occitan, vous lui apprenez à se taire en occitan…”                                                                                                                                                      René Laffitte4

La classe Calandreta est une classe coopérative. Grâce aux 4L de la Pédagogie Institutionnelle (Lieu, Limite, Loi, Langage), adultes et enfants s’organisent pour produire. Mais la vie coopérative n’éteind pas l’irréductible singularité de chaque enfant. La diversité des statuts permet de faire éclore les capacités de chacun, c’est de la confrontation pacifique que nait la
création.
La pédagogie est centrée sur ce qui pousse chacun à grandir, dans son comportement et dans ses apprentissages.
Nous soignons le milieu pour qu’il soit le plus éducatif possible.

Tisser avec l’environnement

La langue d’usage à l’école Calandreta est l’occitan. C’est la langue d’un territoire et d’une culture millénaire. Les apprentissages sont ancrés dans l’environnement des enfants. Aller voir, sortir de la classe, correspondre, partir en voyage ou en classe verte, sont indispensables pour faire vivre aux enfants et aux adultes de l’école l’expérience de l’altérité et de l’ouverture. Le monde commence ici : savoir, ou choisir d’où l’on vient, c’est activer la connaissance et la reconnaissance du Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité.

 

“On ne parvient à l’universel qu’à partir de l’ultralocal”                                                                                                                                                                                                                Salvador Dalí (d’après Montaigne)

Apprendre

Les techniques Freinet : texte libre, journal scolaire, correspondance, métiers … et les institutions de la Pédagogie Institutionnelle : ceintures, conseil, quoi de neuf, équipes de travail….. structurent la coopération. Les enfants sont acteurs de leurs apprentissages. Le savoir vient de la rencontre : il peut être partagé et co-construit grâce à des productions socialisables. Philippe Meirieux parle de la Pédagogie Institutionnelle comme d’une école du courage par laquelle les enfants s’apprennent à lire, écrire, compter et à devenir citoyens, en vivant l’altérité, la responsabilité et la liberté.
La classe, le groupe, pousse chacun à s’ accomplir et à se dépasser.

 

“Personne ne (trans)forme autrui. Personne ne se (trans)forme seul. C’est ensemble qu’on se (trans)forme.”                                                                                                                             Paolo Freire